« Machine nous ouvre les portes de… »

Newspapers and magazines on old wood background. Toned image.

J’ai toujours été une dingue de magazines. Même à l’époque où  j’étais étudiante et que je n’avais pas un rond, je m’arrangeais toujours pour acheter à peu près toute la presse qui sortait, du Elle à table à Closer en passant par le Point, Capital, Paris Match, Gala, Point de vue…

J’ai eu la chance de bosser cinq ans chez Voici et c’est la seule période je crois où je n’ai quasiment pas acheté de mags. On les recevait au boulot d’une part et de l’autre, ben…c’était le boulot justement. Feuilleter un mag c’était pour moi l’équivalent en terme de dépaysement d’une virée en bagnole pour un moniteur d’auto-école.

La presse féminine particulièrement me fascinait et pourtant, je ne m’y suis jamais reconnue. Jamais. En fait, je peux le dire maintenant, les mags féminins m’ont toujours collée des complexes de cinglée ! En même temps j’imagine que c’est pour tout le monde pareil : les filles y sont sublimes, drôles, parfaites…

Une catégorie de rubriques en particulier m’a VRAIMENT sabré le moral pendant des années : celles où des filles « lambda », des « lectrices » censées être comme vous et moi ouvrent les portes de leur dressing, de leur cuisine, de leur vie…

Ces filles déjà avaient toutes des boulots qui ne correspondaient à aucune des cases Pôle Emploi (je le sais, j’ai vérifié). Elles étaient « directrice artistique d’une enseigne de luxe », « urbaniste végétal » ou « designer dans les tissus vintage » et dans 95% des cas, évidemment, elles avaient monté leur propre business, qu’elles géraient en toute décontraction, entre les cinq enfants de leur petite famille recomposée et leur vie sociale ultra remplie.

Moi, je lisais ça alors que j’étais à deux doigts d’annuler une raclette chez nos potes qui habitaient à 200 mètres parce que j’avais encore dix chemises à repasser et qu’il fallait que je passe hyper tôt le lendemain chez le véto parce que le chat venait de vomir des bouts de moquette.

Ces filles nous laissaient parfois jeter un oeil à leur dressing : « Celui-là, je le met toujours quand je sors boire un verre au Rosy Cha-Cha (ou au Blue Pompon ou au Madame Madame…) C’est un manteau en vison rasé que ma grand-mère, qui était mannequin cabine chez Balenciaga, m’a laissé. Je le porte avec un saroual de la collection capsule Kanye West x H&M pour casser le côté luxe. »

Ça, ÇA c’est un truc que j’aurais adoré faire au moins une fois dans ma vie : casser le coté « luxe » d’une fringue…Après, je ne vais pas me plaindre non plus : lavées à 30 degrés, séchées à plat et conservées dans du papier de soie, j’arrive tout à fait à garder mes fringues Zara dans un état correct plus de six semaines.

Tout ça pour en venir à l’article qui me faisait le plus disjoncter de tous les articles qui me faisaient disjoncter : les « Machine nous ouvre les portes de sa maison nichée au coeur des Batignoles »… Pendant que toi, tu t’emmerdais à monter un dossier de 120 pages pour avoir le droit de louer une cage à lapin, Machine t’expliquait comment elle était tombée » complètement par hasard » sur cet immense « atelier d’artiste à l’abandon caché au fond d’une petite ruelle bourrée de charme » et comment elle avait réussi à l’acheter « pour une bouchée de pain » et totalement transformé en « cassant les murs et en abaissant la verrière d’origine Art déco pour agrandir la perspective » (Moi il me fallait HUIT jours avec le logiciel Cuisinella pour arriver à peu près à visualiser où j’allais FOUTRE le lave-vaisselle dans la cuisine.)

Et on en parle de la déco ? Non, parce que dans ces maisons-là, les objets n’étaient pas seulement utiles,  ils « racontaient une histoire ». La table de séjour ? « Oh, ça c’est une ancienne jonque qu’on a ramené d’un voyage au Laos. On l’a fait raccourcir et on lui a juste rajoutée des pieds de fauteuils repérés dans une petite brocante à Trouville »,  la vaisselle ? « chinée chaque été en Provence ». Les rideaux ? « Du wax acheté sur un petit marché génial au Gabon! » Même leur paillasson avait un CV plus palpitant que le mien.

La cerise sur le gâteau ? La chambre des enfants… « Oh, ça c’est rien, J’ai juste détourné des cerfs-volants vietnamiens pour en faire des guirlandes lumineuses et la collection de jouets années 50 vient d’un vide-grenier »

Moi le seul truc un peu déco que j’ai fait dans la chambre des enfants, c’est de classer les J’aime Lire par numéro pour que le dos des couvertures fassent le visage de Bonnemine.

Cette rubrique déco me foutait toujours un cafard d’enfer. Aujourd’hui, sincèrement, je m’en fiche. Et surtout, je me dis qu’en tendant bien l’oreille, moi aussi  je peux entendre ma table de nuit me raconter son fascinant périple des immenses forêts scandinaves jusqu’à l’allée A, place 36, du Ikéa de Franconville…

 

7 réflexions sur “« Machine nous ouvre les portes de… »

  1. Myriaml 8 décembre 2016 / 23 h 37 min

    – « Mais pourquoi tu te marres comme ça ?
    – C’est à cause de la fille du bus.
    – Quel bus ?
    – Laisse tomber… »

    J’ai ri de bon cœur, c’est tellement ça !
    Merci 😀

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  2. Adèle 9 décembre 2016 / 6 h 54 min

    Bonjour !
    Je te rejoins tout à fait sur cet article.
    Ces modèles de petit ménagère des années 50 qu’on a juste fait travailler (sinon, elle est polie, proprette, ne s’engage dans aucune cause et a l’air de prendre soin du foyer comme si sa vie en dépendait) me dépriment. Et si encore, il y
    En bonne place de mes crises de nerf, les rubriques « une femme doit avoir » à base de un truc mode ou féminin / du charme / de l’humour / de la conversation et une liste impressionnante de qualités. Et « doit avoir », hein. Bonjour le cafard.

    Aimé par 1 personne

  3. Adèle 9 décembre 2016 / 6 h 55 min

    * j’allais dire « si encore il y avait des filles différentes présentées, moins dans ces codes », mais une fausse manipulation de mon clavier a décidé pour moi. (:

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  4. MamaFunky 9 décembre 2016 / 15 h 53 min

    Tu me fais tellement rire !!!! Moi aussi j’adore les histoire de ma table de nuit. Son périple fabuleux depuis les forêts scandinaves 😀

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  5. BILLARD 9 décembre 2016 / 17 h 18 min

    J’ai envie de dire « concupiscent » je savais pas comment le placer, on est vendredi soir suis fatigué donc je le met « à sec » comme ça… On me permettent de remettre en doute le « e » de rajoutéE dans le texte.
    Tu me fais toujours autant marrer.

    Signé Albator – Le métrosessuel – etc.

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