Tous les petits bruits du silence

femme perturbe par bruit du voisinage

Ce qui nous avait fait partir (entre autres) de Paris ? Le bruit.

Un des trucs qui nous a le plus perturbés en nous installant dans la banlieue lilloise ? L’absence de bruit. Ou plutôt le changement de bruit…

A Paris, tu vis en appart (ou alors tu es multi-millionnaire et dans ce cas là, qu’est-ce que tu fous encore à Paris) et c’est assez simple : tu habites à un étage, en dessous de toi, y’a des gens, au dessus de toi, y’a également des gens, à côté aussi  et en face de toi, y’a aussi des gens. Du matin au soir, t’es entouré de bruits : les voitures, les voisins du dessus qui s’engueulent, ceux du dessous qui se réconcilient, et ceux d’en face qui font les deux en même temps.

A Puteaux, là où on habitait, on avait du son en Dolby Méga Surround jour et nuit : un bar à deux numéros de chez nous, des mecs régulièrement bourrés qui ont beaucoup contribué à enrichir le catalogue de jurons de mes fils (« Maman, ça veut dire quoi « enc*lé de tes morts ? »), trois ans  de travaux SOUS nos fenêtres (je suis devenue imbattable en outils de chantier « ah… aujourd’hui c’est perceuse à percussion filaire.« ) une circulation à sens unique ininterrompue dans notre rue avec son flot d’insultes, de klaxons, d’autoradio à fond, vitre ouverte..

On ne s’en rendait pas compte à l’époque mais ce bruit incessant était rassurant. Chacun de ces sons formait le maillage d’une sorte de cocon protecteur. C’était la bande-son de notre quotidien, de notre vie.

La première nuit, dans notre grande nouvelle maison, on a…ben en fait, très honnêtement, je ne me souviens de rien, on s’est écroulé comme des merdes, vaincus par le déménagement.

Les nuits suivantes par contre, on les a passées planqués sous la couette,  les yeux grands ouverts, à guetter… le silence. Il faut dire que notre maison est plantée à coté d’immenses champs et que c’est pas super super bavard un champ la nuit. On a bien des voisins, mais on ne les entendait jamais. Quand je me levais en pleine nuit, je trouvais souvent les enfants (qui avaient maintenant chacun leur chambre) assis dans leur lit, incapables de dormir, effrayés par ce calme soudain.

Et puis petit à petit, ils ont appris à entendre d’autres bruits. Et c’est là que c’est devenu TRES pénible.

Une maison, ça a sa propre existence : ça craque, ça bouge, ça tremble, ça vibre…rajoutez la nature environnante qui s’en mêle, des enfants à l’imagination un peu trop fertile, un mari absent trois soirs par semaine et vous obtenez ce qu’était devenue ma vie : un remake provincial un peu cheap mais très réaliste de Shining.

Toutes les soirs, c’était le même cirque.

20h : « Allez, bonne nuit les lapins, à demain ! »

20h05 : (petite voix qui chuchote par la porte entrouverte) : « Maman, c’est quoi ce bruit ? » « C’est le chauffage mon chat, bonne nuit »

20h10 : (deuxième petite voix qui chuchote) : « Et ça maman ? J’ai peur… » « Mais non, ça c’est la porte des toilettes qui grince » « Et ça ?? t’as entendu maman ?!! » « C’est juste le vent qui souffle fort sur les volets ! Au lit ! » « ET ÇA ?!!! » « Ça c’est la tuyauterie qui se met en marche, je vais me fâcher ! »

22h : (voix qui monte dans les aigus et chute brutalement dans les graves) « C’quoi c’bordel maman ?! Ça saoule grave! » (Douze ans hein…). « T’inquiète, c’est les chats qui se battent dans les champs et le truc derrière, c’est les ragondins qui applaudissent » (Je ne suis jamais contre un peu de magie dans le quotidien)

23h15 (en trio) : « Mamaaaaaan, c’est QUOI là, CE bruit??! » « Ça c’est la porte du garage qui…qui…heu qui…bon, planquez-vous sous vos lit, ne respirez plus, je vais voir« … Je descendais alors, courageusement armée d’une pantoufle et de la télécommande (de loin, à quatre mètres, dans l’obscurité, ça passe nickel pour un taser) et ce, plusieurs fois par nuit.

Je finissais toujours par m’écrouler de fatigue pour me réveiller vers 5h du mat au chant du premier coq du voisin, un enfant collé sous chaque bras, le troisième roulé en boule de l’autre coté du lit, quatre lampes allumées sur le sol, une main sur un pistolet Nerf, l’autre sur ma télécommande-taser et – les bons jours – l’arrière-train du chat sur la gueule.

Je n’avais pas signé pour ça.

Aujourd’hui, un an après, on dort comme des bienheureux. Ce qui a changé ? Ben on s’est bêtement habitué. On sait maintenant que « L’ENORME sanglier qui essaie de rentrer par la fenêtre en grimpant le long de la gouttière » (imagination fertile, j’avais prévenu), c’est juste un pinson qui fait son nid (avouez que vous avez fait « Ohhhhh ! »), on a appris à faire la différence entre « une invasion zombie » et une rafale de vent, entre « une armée de démons » et le portail qui grince. Je n’ai (presque) plus de passagers clandestins dans mon lit et (un peu moins) de cernes le matin.

Deux choses toutefois ne changeront JAMAIS : le chant du coq à 5h du mat, et ce con de chat qui prend ma tête pour un strapontin.

 

NOTA BENE : pour ce papier, j’ai tapé « outils de chantier » et « film qui fait très peur » dans Google. Vous pouvez tenter la même chose chez vous, c’est très rigolo.

2 réflexions sur “Tous les petits bruits du silence

  1. LACOSTE 15 décembre 2016 / 20 h 19 min

    C’est vrai que la première fois que j’ai entendu un parisien me dire « Je peux pas dormir à la campagne c’est trop calme », j’ai cru que c’était une blague…mais non 🙂

    J'aime

  2. Severine 13 janvier 2017 / 0 h 05 min

    Le chant du coq … et les cloches pour l’angélus quand tu habites près de l’église !!! Super post !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s