« Vous aimez le céleri ? Votre fils aussi ? »

stanchezza

Vous avez forcément déjà connu ces périodes où vous avez l’impression d’être au bout du bout de tout : usé(e) de fatigue, le moral à zéro, à envisager chaque matinée qui se pointe avec le même enthousiasme qu’un enfant de six ans envisage un gratin d’épinards.

Le genre de période où la moindre remarque au boulot te fait remettre ton CDI en doute, ou le moindre reproche de ton mec te fait consulter un avocat et où la moindre connerie de tes enfants te fait taper dans Google « Idées pour partir seule au bout du monde avec un tout petit budget, plus de mari et un CDI de merde. »

Quand ça m’arrive, je laisse passer quelques jours en serrant les dents et si ça s’installe, je file chez mon médecin. J’en ressors généralement avec quatre boites de magné B6, des trucs pour dormir « mais à base de plantes hein, ne vous inquiétez pas ! » (Je ne suis pas inquiète bordel, je suis épuisée !), des recommandations très utiles comme « Calmez-vous, respirez bien, relativisez… », et une trentaine d’euros en moins.

Heureusement, dans ces moments-là, je peux toujours compter sur les copines : « Attends, bouge pas, j’ai ce qu’il te faut : le numéro de Gérard B. il est respirologue-radiesthésiste, ça va te changer la vie ! » « Appelle Mélanie C. de ma part : elle est posturologue-aromathérapeute, elle va te sauver. » « Tu ne connais pas Bernard M. ? Il travaille sur les flux énergétique des intestins, c’est miraculeux ! »

Je me retrouve avec une dizaine de numéros de téléphone de « spécialistes » tous visiblement plus efficaces les uns que les autres, situés en général à l’autre bout du département, possédant un tas de diplômes non reconnus par l’état et dont la moindre consultation coûte le prix d’un mètre carré à Manhattan.

Entendons-nous bien, je n’ai (presque) rien contre ces gens, je suis persuadée que ça fonctionne super bien pour des tas de personne, c’est juste que j’ai eu une expérience qui m’a un peu vaccinée…

C’était en 2008. J’avais accouché 4 ans plus tôt d’un adorable petit garçon qui avait décidé, on ne sait pas pourquoi, de ne pas dormir. Jamais. Cet enfant ne pionçait JAMAIS. J’en étais arrivée à ce stade de pétage de plombs et de manque de sommeil où me souvenir de mon prénom me demandait une bonne dizaine de minutes chaque matin. Une vague copine, alertée par mon air hagard et mes propos incohérents en soirée, m’avait alors refilé le numéro de téléphone d’une femme « extraordinaire » : « Elle est incroyable ! Elle fait de la thérapie psycho-corporelle, en une séance, c’est réglé ton fils dort. » On m’aurait annoncé que je venais de gagner au Loto, j’aurais été moins à bloc !

J’ai donc appelé M. qui a préféré venir faire sa séance directement chez nous « pour mieux sentir les ondes familiales. C’est primordial. »

Je vous la fait courte mais en moins de deux heures, j’ai dû : rouler mon fils dans une couette, revivre mon accouchement en le mimant, rester 10 minutes roulée en boule sur le canapé pendant qu’elle me balançait de gauche à droite, répondre à des questions aussi pertinentes que « Vous aimez le céleri ? Votre fils aussi ? Vous avez mangé du veau enceinte ? et des bananes ? ». j’ai dû « faire le vide » « faire appels à mes émotions primales » « lâcher prise » « reprendre prise »…Bref, j’ai fini la séance en larmes. Elle, évidemment, elle a trouvé ça génial : « C’est magnifique, vous vous reconnectez avec vos émotions ! » Avec le recul je réalise que j’étais juste moralement à bout. Elle aurait pu me dire que MacGyver changeait de case horaire le dimanche sur TF1, je me serais écroulée de la même façon.

120 euros et deux paquets de mouchoirs plus tard, le « diagnostic » est tombé : « C’est très simple et très courant, ça s’appelle le syndrome du jumeau absent ou du jumeau fantôme : vous étiez enceinte de jumeaux mais vous ne le saviez pas. Un de vos jumeaux est, hum, parti et votre fils ne dort pas car il a assisté à son, hum, départ. Donc tous les soirs, pendant une semaine, vous allez lui parler avant qu’il se couche et lui dire qu’il peut laisser son jumeau partir et qu’il peut dormir maintenant. Vous allez voir, en six jours, c’est réglé ! »

Je vous jure qu’elle m’a sorti ça comme ça. Sans ciller. Et je vous jure que j’y ai cru.

Et voilà comment, deux soirs de suite, je me suis retrouvée à raconter à mon fils, après le brossage des dents et l’histoire de Panpan le lapin qui fait caca sur le pot, comment il avait sans doute assisté au, hum, départ, de son jumeau…

Et puis le troisième soir, je me suis écoutée en train de lui raconter cette monumentale connerie, je l’ai regardé, me regarder avec des yeux horrifiés, et j’ai stoppé net.

Encore aujourd’hui, quand il m’arrive d’y repenser, je me choppe un immense fou-rire nerveux, quelque part entre l’hilarité et la honte…

Mon fils a 12 ans aujourd’hui, deux frères, et il gueule comme un putois quand j’essaie de le sortir de son lit à 11h le dimanche. Il est chiant, drôle, adorable, pénible, mou, infatigable et je lui file pas mal de magnésium…

Quoi qu’en ce moment, je le trouve un peu angoissé…Je me demande si je ne vais pas appeler ce mec là, dont on m’a parlé… mais si, ce type « incroyable » qui fait de la kinésiothérapie cognitive…

4 réflexions sur “« Vous aimez le céleri ? Votre fils aussi ? »

  1. Isabel 3 janvier 2017 / 18 h 21 min

    Excellent et me fait relativiser l’expérience de la réflexologue plantaire!!!!

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  2. Polinepo 4 janvier 2017 / 1 h 18 min

    Best anecdote ever. Je ne M en lasse pas.

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  3. CELINE 9 janvier 2017 / 14 h 32 min

    Quand ca va pas moi je lis la fille du bus !

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