Excusez-moi de vous demander pardon

 

Word NO on napkin

 

Ce matin, en me brossant les dents, j’ai écouté l’incroyable histoire d’échange d’appartements de Laura (que je vous invite à écouter ici)

Je vous la résume brièvement : Laura échange son appartement à Paris avec une femme qui vit à New-York. Cette dernière est cinglée et ses deux semaines dans la Grande Pomme vont virer à l’incroyable fiasco, entre chat traumatisé à faire voyager en soute et caca dans la baignoire…

Je connaissais déjà cette histoire puisque Laura l’avait racontée de façon très drôle sur Twitter, mais l’entendre de sa voix lui a offert une toute autre dimension. La voix offre des nuances, une couleur…Elle dessine avec subtilité les contours d’une personnalité. Laura a une voix douce, posée, un peu timide.

En l’écoutant, j’ai découvert qu’elle et moi souffrions du même mal : L’Ecrasite aigue.

Cette capacité extraordinaire à s’excuser de tout, tout le temps et surtout, surtout : à ne PAS savoir dire NON.

Bon, si, évidemment, je sais dire non comme tout le monde : non à mes enfants, non aux démarcheurs au téléphone, non à un type lourd… Mais dès que j’ai en face de moi quelqu’un avec un peu d’assurance qui me demande un truc qui m’emmerde, je bugue. Mon cerveau et moi entrons en conflit.

Mon cerveau enregistre la demande, l’analyse, et me fait savoir que la réponse adéquate à apporter est « Non. N.O.N. Niet. Nada. Jamais. Merci et au revoir. » Alors que dans le même temps, mon corps devient un peu mou, ma vision floue, mes mains moites, mon dos se courbe, mes épaules s’affaissent puis mes lèvres s’entrouvrent malgré moi et ma bouche sort « Je… heu… non, mais alors du coup, heu…non, mais bon, c’est que ça m’arrange pas mais heu…bon, heu…ok, je vais le faire. »

Vous avez bien lu : j’ai dit « non » deux fois dans la phrase, c’était hyper bien parti, j’y croyais, j’étais à bloc, déterminée et tout et puis au final, c’est le « Ok je vais le faire. » qui sort. Une fois de plus. Une fois encore.

POURQUOI ?!

Jeudi dernier, je reçois un coup de fil de notre proprio : « Bonjour Perrine, un type va passer samedi matin à 8h pour le toit du garage, il faut que vous ayez vidé tout le garage d’ici là. »

Deux jours pour vider un garage de 20 m2. Rempli à ras bord. De SES merdes et de celles de l’ancien locataire, reparti manger des Karjalanpiirakat en Finlande. De mémoire, on y a bien mis trois vélos et un vieux râteau rouillé mais tout le reste, absolument tout le reste est à elle.

Et par tout le reste j’entends : une pile d’une trentaine de plaques en ciment, huit mètres de câbles, une dizaine de piquets en bois, deux gros blocs de béton, six étagères blindés de conneries (sacs de terreau, outils de jardinage etc…), une dizaines de vieux placards de cuisine et une trentaine de planches de bois placés en hauteur sur des poutres.

N’importe qui au monde aurait répondu : « AH AH AH ! LOL. NEVER. »

Moi, j’ai répondu « hein ? heu…C’est que heu…bon, bah non, c’est pas trop trop possible je crois..Pfoouuulalala, bon bon….heu, rooolhalha….bon ben…j’vais voir ce que je peux faire. »

JE VAIS VOIR CE QUE JE PEUX FAIRE….

Et j’ai raccroché avec une violente envie de me foutre des baffes

J’étais juste incapable de lui dire non. Je SUIS incapable de dire non.

Mais d’où ça vient ?! Pas de mon éducation puisque j’ai reçue exactement la même que mon adorable sœur que j’adore, qui a trois ans de moins que moi, et qui est capable de poursuivre un mec sur 800 mètres pour lui expliquer que la prochaine fois qu’il lui passe devant à un guichet, elle le pend à un croc de boucher et sa sale teigne mal élevée de femme aussi. (Ne nie pas Laurence, j’ai les vidéos).

Moi, tu me marches sur les pieds, je me confonds en excuses.

Tu me fonces dessus sur un trottoir, je m’écarte en te demandant pardon.

Ton chien ruine ma nouvelle paire de pompes en pissant dessus, je murmure « Oh vous inquiétez pas c’est pas grave, hi hi, ça arrive et puis je les aimais plus trop ces chaussures à 200 euros que je viens juste de m’acheter. »

 Alors que non,  je ne le vis pas bien DU TOUT ! Parce qu’au fond de moi, je ne suis pas DU TOUT une gentille. Ce que vient au même moment dans ma tête c’est : « Écrase-moi encore le pied et je te tasse, je te roule en cône et je te fume. Bouscule-moi encore dans la rue UNE FOIS et je t’arrache tous les poils du zizi un par un pour m’en faire un tapis de bain ! Et ton chien, je le prends, je le fais bouillir et je le donne à bouffer à mon lapin. »

Mais ce n’est pas ça qui sort. Jamais.

Combien de fois me suis-je mentalement préparé à dire « non » et « ça suffit ! » Combien de fois me suis-je répété des heures, des jours avant un rendez-vous « Ce coup-ci, tu ne te démontes pas, tu y vas, et tu balances ce que tu as à dire ! Sois ferme ! Ne laisse rien passer ! » pour finir lamentablement par m’écraser.

Combien de fois suis-je rentrée dans ma banque avec la ferme intention de gueuler à propos de mes agios et en suis-je ressortie avec trois PEL, deux assurances vies, des agios plus corsés et un bic La banque à qui parler en plus ?

Combien de fois ai-je sollicité un entretien dans ma vie professionnelle  pour décrocher une augmentation et en suis-je sortie avec deux fois plus de « responsabilités » (deux fois plus de boulot quoi), exactement le même salaire et l’étrange impression de m’être faite COUILLONNER quelque part en route ? Entretien d’où je ressors évidemment toujours en m’inclinant « Merci, merci, c’est cool de me faire confiance, je suis super motivée, je vais tout donner »…Limite, je remercie tout le monde de me filer un salaire…

Cette incapacité à me faire respecter me crée des angoisses chelous. Je DETESTE par exemple les endroits où il faut patienter à plusieurs sans qu’on sache très bien qui était avant qui, comme une salle d’attente de médecin sans secrétaire par exemple. Dans ce cas précis, sur une échelle de stress de 0 à « je trouve plus les enfants dans la foule », je suis à 9. Je me répète inlassablement « Le monsieur en vert. Après, la dame avec le pull violet, après le petit monsieur à lunettes, ensuite c’est l’autre monsieur à ma droite et après, c’est moi ! Le monsieur en vert, après la dame avec le pull violet, après le petit monsieur à lunettes…» Tout ça pour RIEN puisque si quelqu’un se lève et me passe devant, je vais monter en température, devenir rouge écarlate et courageusement la fermer.

La bonne nouvelle c’est que plus j’avance en nage…pardon, en âge, moins je supporte ce trait de caractère chez moi et plus je me force à apprendre à dire NON. Un grand, un énorme, un massif, un franc « NON ! »

Sur ce, je vous laisse,

j’ai un garage à vider…

4 réflexions sur “Excusez-moi de vous demander pardon

  1. PascalR 9 mars 2017 / 14 h 52 min

    J’ai pas osé dire non moi aussi tout à l’heure quand le gars a posé sa tasse de café (même pas vide) à côté de la mienne, sur mon bureau. Puis il s’est barré en rigolant. Je suis descendu à la cuisine avec les deux tasses, je les ai lavées et déposées doucement sur l’égouttoir.
    Si j’aimais je tape un scandale on trouvera sans doute que ma réaction est incroyablement disproportionnée ! Insn’t it ?

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  2. clems 10 mars 2017 / 10 h 24 min

    Je lis souvent des articles sur des gens qui ne savent pas dire Non. Personnellement, j’ai le souci inverse. Je ne sais pas dire OUI. Je dis non tellement franchement et clairement que parfois les gens se mettent à bafouiller, comme si je venais de les gifler.

    Globalement si on réfléchit bien, on dit oui par envie de sociabiliser, peur de blesser, par crainte de violer des conventions de politesse. J’ai horreur des mondanités, des conventions et aucune envie de sociabiliser la plupart du temps sauf avec quelques rares personnes. Donc je dis tout le temps, non.

    Je pense qu’il faut la différence entre un non qui défend les intérêts et une attitude qui consiste simplement à éviter les conflits inutiles. Ne pas faire un scandale pour une place dans une file d’attente ou pour un pied écrasé, ce n’est pas être trop bon, juste que l’on peut réserver sa méchanceté à d’autres situations 😉

    Je pense aussi qu’il est préférable socialement de dire oui un peu trop souvent que tout le temps non. Au moins on ne passe pas pour le parfait misanthrope aux yeux de tout le monde, y compris aux yeux des gens que l’on apprécie.

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  3. Arnaud 15 mars 2017 / 18 h 01 min

    J’ai bien l’impression qu’on est quelques paquets à souffrir de la même chose. Autre effet secondaire : c’est fatiguant. Eh oui : je passe mon temps à râler derrière mon ordinateur que « le prochain qui me demande un truc pour hier, je l’envoie se faire foutre sévère », avec moult gestes des bras. Puis le téléphone sonne, un autre pénible appelle, me demande *devinez quoi ? oui, voilà, un truc pour hier*, et je dis oui, comme un c… bon.

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